Les Français sont ils moins intelligents que les Suedois ? Vous trouverez ci apres le compte rendu d'un voyage en Suede de quelques élus du Nord Pas de Calais, que nous avons accompagnés.
JM Billaut Atelier BNP Paribas (nov 2001)

Les Français parlent aux Français (1)

Nous sommes arrivés hier après midi vers 15:00 pm : il faisait déjà presque noir. Temps froid mais sec : pas de neige comme la semaine dernière.7 personnes du Conseil Régional emmenées par Jean Cortois (élu) Vice Président en charge des TIC participent à ce voyage.
Où en est la Suède dans les hauts débits ? Pour quels types de services ? La stratégie Suédoise est elle applicable dans le Nord Pas de Calais ? Voilà les questions auxquelles nous allons essayer d'avoir une réponse. Pour cela nos amis de Vediation, l'Association Franco Suédoise de la Recherche (et l'Atelier) ont concocté un programme de travail dense et des plus intéressants. Mairie de Stockholm (on visitera peut être les égouts pour voir les fourreaux de fibres ... enfin quelqu'un de notre groupe voudrait faire cette visite...)... Ministère de l'Industrie, EDF local (fibres et accès par réseau électrique), Télia, le France Telecom du coin, l'Association des communes suédoises, Ericsson, la monnaie électronique sur téléphone portable (sans carte bancaire), l'appartement IP (Electrolux), une réception à l'Ambassade de France, etc... voilà leprogramme des réjouissances... Si tout va bien vous aurez un compte rendu chaque jour dans cette lettre. A demain donc
(J.M. Billaut Stockholm le lundi 19/11/2001)

Les Français parlent aux Français (2)~: Journée excellente hier, et ...épuisante.Première impression (c'est généralement la bonne) : nos amis suédois, malgré la chute du Nasdaq, la crise économique, les attentats du 11/09 et la "binladenisation" du monde n'ont en rien perdu leur "vision du monde"... La Suède veut toujours devenir le premier pays au monde à entrer dans la société de l'information... Cela va peut être moins vite que prévu, mais on continue comme si de rien n'était. Deuxième impression : on se serait crû dans un autre monde... et la France par rapport à ce qui se passe ici semble une société complètement bloquée, incapable d'accélérer le mouvement vers les hauts débits, et services associés... Ce qui a fait dire à notre élu que notre "énorme technostructure remplie d'apparatchiks n'a nul envie que cela change" (sic)... Bon, passons et revenons à la journée d'hier...

9:00 - 10:30 Réception à la Mairie. Magnifique bâtiment (c'est là où a lieu le dîner qui suit la remise des prix Nobel). Le Maire Axel Wennerholm nous reçoit tout endimanché avec son magnifique collier d'argent autour du cou. Il parle un Français impeccable.. et nous explique avec bonhommie sa ville. 750.000 habitants, presque 2 millions dans le grand Stockholm. 101 membres au Conseil Municipal (dont 54 femmes - et cela marche précise-t-il..), 7partis politiques pas plus (qui vont tous dans le même sens en ce qui concerne Internet), membres élus pour 4 ans. Pas "d'affaires" semble-t il dans le pays (mais on ne sait toujours pas pourquoi Olaf Palme a été assassiné en 1986)... La ville emploie 50.000 fonctionnaires (et leur fournit des PC et connexion Internet pour chez eux... Je dis cela pour nos administrations locales ou pas locales...). Le Maire passe ensuite la parole a Cécilia Frankel que nous connaissons bien et qui est en charge de la e-stratégie de la ville. Cécilia, toujours dans un Français impeccable, nous explique que les édiles sont en train de préparer la e-city pour les 150.000 enfants d'aujourd'hui. "~Nous avons dépassé le stade de la technologie, nous nous préoccupons des services nouveaux à mettre en place...~" (en France on se pose d'abord des questions sur ce que l'on ferait éventuellement avec du haut débit... En Suède on met d'abord en place le réseau, et ensuite les services. Cela semble plus logique pour avancer non ?) Elle nous présente "Stockholm portal" (l'administration à la disposition des citoyens 24 H/24, 7j/7), les applications éducatives (http://itc.edu.stockholm.se), les surveys on line pour les citoyens (comment faut-il aménager le Vasaparken ?), le cybervote qui va démarrer, etc... Enfin Cécilia nous présente Stokab et son responsable marketing : LarsHedberg. Stokab est une société publique détenue à 91 % par la ville (le reste auconseil régional). En France les collectivités locales ne peuvent créer de sociétés. On a des Sems et autres bidules, et selon notre élu il faut 1 à 2 ans pour les créer...Beaucoup à dire sur l'exposé de Lars. En gros les élus ont essayé de casser l'emprise de l'opérateur historique (Telia) et de façon astucieuse, en dissociant la propriété de l'infrastructure de la fourniture de services (téléphonie, accès Internet, etc)... Stokab se définit comme un fournisseur de fibre noire dans la zone de Stockholm. Infrastructure ouverte, qui a stimulé le marché en offrant de la capacité en dessous des prix pratiqués par les opérateurs, etc... Donc baisse des coûts et augmentation de capacité. A ce jour, 4.000 km de fourreaux ont été installés avec au total 500.000 km de fibres. Les 27 villes de l'agglomération sont interconnectés. Les réseau passe en centre ville devant les immeubles d'habitation (100.000 immeubles environ avec 10 appartements en moyenne par immeuble). 80% des immeubles sont aujourd'hui connectés. Tout le monde peut louer le réseau (20.000 Kr de coût d'installation 38.000 Kr/an). Quand Stokab investit 1 Kr dans l'infrastructure, ses clients en investissent 5. Qui sont les clients ? Les opérateurs traditionnels, les banques, les assurances, les mairies, la police, les pompiers, les éditeurs, les sociétés de Multimédia, etc... Stokab est bien placé pour observer les start-ups : il s'en crée (encore) 2 par semaine (mais ne sait pas trop combien mettent la clef sous le paillasson...).Ah, dernier point. Stokab qui emploie 140 personnes (beaucoup d'ingénieurs en télécoms) est rentable. Vous avez bien lu. ROI : 20%. Il y a 140 collectivités locales "stokabisées" aujourd'hui en Suède (sur 289 ). Et les pays Nordiques (c'est un peu pareil en Norvège, Islande, Danemark, Finlande) viennent de créer l'association des "villes numériques". 80% des foyers du grand Stockholm dispose d'un PC et d'une connexion Internet. 20% sont donc "en fracture numérique". On notera qu'en douce France, la situation est inverse. Nous en avons 80% de foyers en fracture numérique... C'est peut être beaucoup. De doctes esprits gaulois font là dessus de très beau discours ... Mais que fait-on pour en sortir ? Rien ou presque. Bon revenons à nos moutons...

11:00 - 12:30 Ministère de l'Industrie. Anna GillHolm nous a fait un point sur la stratégie générale de l'Etat Suédois en matière de haut débits... et plus généralement nous explique quelques points de la IT Bill de mars 2000 (loi dénommée "Information Society for All"). On reste là aussi perplexe devant la volonté du Gouvernement suédois et des gouvernements locaux de mettre à niveau toute la population. Mettre à niveau c'est à dire que tout un chacun sache utiliser toutes ces techniques... pour trouver de l'information, et améliorer ainsi leur niveau de vie...Anna Backlund nous présente 3 initiatives : pour les chômeurs (taux de chômage : 6% contre 12% dans le Nord Pas de Calais...), pour les jeunes au sortir de l'école, pour les PME. Pour les premiers, 230 centres de formation (basic training) ont été mis en place. Formation en 12 semaines.Le tout payé par les collectivités locales. 25.000 personnes ont déjà suivi cette formation. Pour les seconds (advanced vocational training) : programme de formation en 1 à 3 ans. Même chose pour les PME : former les patrons et leurs salariés...Lena Nydahl du Ministère de l'Education nous fait un point sur les initiatives en faveur de l'écoles, des professeurs et des principals (6.000 écoles, 140.000 profs). En gros le gouvernement a mis en place une stratégie basée sur le volontariat des profs : le programme Itis. "~si vous acceptez de créer des équipes de profs avec au centre vos élèves, et bien on vous remets un PC, un accès Internet, vous avez accès au Web Itis (www.itis.gov.se/english), etc...~" Tout cela pour apprendre Internet aux élèves, résoudre des problèmes complexes, simuler, savoir présenter ses idées, etc... 60.000 profs se sont inscrits à ce programme. Beaucoup à dire là dessus, et notre élu, ex-recteur de l'Université de Lille, a pris pas mal de notes... 12:30~: déjeuner en compagnie d'Erik Sandewall, Président de l'Association franco suédoise de la recherche.Erik (par ailleurs grand spécialiste de l'intelligence artificielle : il travaille actuellement à l'université de Lindköping à des drônes intelligents - vous savez des avions qui volent sans personne aux commandes) nous explique comment le passé et la culture suédoise explique la stratégie volontariste de la Suède pour entrer dans la société de l'information.

14:00 - 15:30 2 exposés là aussi très intéressant à l'Institut Français (ou nous avons été sympathiquement reçu par Jean Marie Gustavino conseiller scientifique de l'Ambassade). D'abord l'EDF local à savoir Svenska Kraftnet, puis Graninge une société de distribution d'électricité dans laquelle notre "vrai" EDF a quelques 10aine de % dans le capital. Lena Noren nous a expliqué la stratégie de Kraftnet en matière de réseau de télécoms. Depuis la dérégulation électrique Krafnet n'est plus qu'un transporteur (elle ne fabrique plus l'électricité). C'est un peu la RTE chez nous. Elle a démarré ses services de télécoms en 1994. D'abord pour ses propres besoins, puis pour le gouvernement qui lui a demandé en Août 2000 de mettre sur pied un backbone optique sur tout le pays. Pourquoi ? Parce que les opérateurs privés n'iront jamais là où il y a peu de monde (30% de la population vit dans des endroits reculés...). L'Etat se doit d'appliquer l'égalité. Ce backbone est constitué de fourreau de fibres enroulés (wrapped) autour des fils électriques haute tension grâce à une machine spéciale (qui pose environ 25 km de fourreau par semaine). Aujourd'hui 5.500 km de fourreau sont posés. Chaque fourreau contient entre 24 et 128 fibres. La pose coûte en gros 2 fois moins cher que dans une tranchée. L'investissement est estimé à 8,3 milliards de couronnes. Ce réseau permet aux "stokabs locaux" de se connecter.
Hakan Svensson de Graninge nous a présenté la stratégie de sa société en matière de fourniture d'accès Internet par le réseau électrique. Graninge fournit de l'électricité aux foyers et aux entreprises dans 3 zones en Suède. Un test de PLC (power Line Communication) a été mis en place sur 20 foyers. Cette technologie date en fait des années 1930. Mais elle na pu aboutir qu'aujourd'hui : de nombreux problèmes techniques ont du être résolu. L'opérateur installe un "routeur" spécifique dans le transformateur électrique qui dessert en moyenne 100 foyers (routeur lui même interconnecté à l'Internet). Si le foyer réside à plus de 250 m du transfo, il faut un répéteur (coût 100 euros si l'on en commande beaucoup). L'intérêt de la chose ? Chaque prise électrique chez vous est un accès Internet. Vous avez donc un réseau local. Désavantage : le débit est partagé. Si vous êtes seul à vous connecter sur le transfo vous avez un débit théorique de 2.4 megas. Sur le test réalisé, le débit était en moyenne pour chaque foyer de 300 kilos. En gros les coûts d'installation pour une maison sont de l'ordre de 1000 euros (y compris la connexion Internet du transfo). Graninge pense faire payer le service 40 euros par mois au foyer, soit environ le même prix que de l'Adsl (qui lui ne permet pas d'avoir un réseau local). Savez vous combien il y a de prises électrique en Suéde ? 100 millions.Selon Graninge il y a actuellement 2.5 millions d'accès téléphonique en mode dial up. En 2004, environ la moitié seront en mode broadband avec connexion toujours ouverte. Graninge et EDF vont mener un autre test dans le Sud du pays. Et pense avoir 25.000 clients dans 5 ans.

16:00 - 18 :00 Telia avec plusieurs exposés sur le thème du broadband... Exposé comme l'a fait remarquer l'un des participants, de "type France Telecom"...Charlotte Lofgren manage le département broadband (200 personnes). Manifestement Telia n'est nullement inquiété par la stratégie gouvernementale. Bien au contraire. On nous a donné beaucoup de chiffres sur la clientèle : nous vous en ferons grâce sauf un~: 131.000 clients aujourd'hui en mode ADSL. A retenir que Telia a mis au point un système de music on demand (mais attend le feu vert des éditeurs pour le lancer), lance dans son portal type Wanadoo des jeux interactifs, etc...Pour Telia le broadband commence a 500 kilos...Au total donc journée bien remplie...
Les discussions au repas du soir ont été des plus animées : doit on adopter une stratégie à la Suédoise ? Peut on mettre en place tout cela dans une Région ? Comment le Conseil régional (qui, nous a dit notre élu, n'a guère de pouvoir malgré la décentralisation...) doit il s'y prendre ? Le Suédois est-il plus intelligent que le Gaulois ? (Jean-Michel Billaut mardi 20/11/2001)

Les Français parlent aux Français (3)

Bonjour à toutes et tous...Journée de mardi elle aussi des plus intéressantes On pourrait résumer cette journée de Mardi par la news suivante : 60.000 foyers suédois à Stockholm disposent actuellement d'un débit de 10 mégabits dans les 2 sens pour environ 150 F/mois... Pourquoi pas nous? Mais reprenons le film des événements...

9:00 -10:30 Visite à la Svenska Kommunforbundet (pour ceux qui ne causent pas le suédois, il s'agit de l'association des 289 collectivités locales suédoises). Cette association, à en juger par la magnificence de leur building dispose de pas mal de ressources financières. En gros, il s'agit, si l'on peut dire, du bras armé des collectivités locales. Nous y avons été reçu par Maria Hall (hardware réseau) et Bjorn Bjork (software). Ces 2 personnes sont en charge de la stratégie broadband des dites collectivités. Exposé des plus instructifs. En moyenne, une collectivité locale suédoise abrite 16.000 habitants avec 1.500 fonctionnaires pour la gérer... Elle s'est informatisée depuis 20 ans. Mais diversité des solutions (5 à 6 plates-formes, 150 à 200 types d'applications). Dans une collectivité, les fonctionnaires sont réparties entre 15 à 20 endroits différents (avec réseau privé local de télécommunications entre implantations) et dispose de 300 à 500 PC pour travailler. Donc, depuis 20 ans, les collectivités ont l'habitude de gérer des trucs informatiques complexes. Dans le cadre de sa stratégie IT, le Gouvernement a demandé aux collectivités d'étendre leur réseau existant (entre la Mairie, l'hôpital, l'école, etc...) aux particuliers. Appel à projets donc, le gouvernement finançant 50%. Aucune collectivité n'y répond. Le Gouvernement reprend sa copie et propose un financement à hauteur de 80% : tout le monde ou presque plonge. Maria et Bjorn nous racontent par le menu la chose... Mais point important : le gouvernement a oublié le peering (lieu où les opérateurs échangent leur trafic). Il n'y a actuellement en Suède que 2 Gix. Ce qui conduit à une nouvelle forme d'oligopole. Il faudrait pour éviter cela une centaine de points d'échanges de trafic. Ce qui va être mis en oeuvre. Une stratégie de dark fiber ne suffit pas pour ouvrir complètement le marché. Il faut aussi un peering system conséquent. On notera de plus que la stratégie n'est pas la même selon les collectivités locales. Certaines ne font que de l'installation de dark fiber (type Stokab). D'autres vont plus loin et mettent en place un MAN en Optical Ethernet (la ville de Gavle par exemple au Nord de Stockholm). Cela veut dire que la collectivité locale devient un opérateur de services de telecoms (elle se substitue au France Telecom local). 200 collectivités locales auraient choisies cette voie...

11:00 - 12:30 Visite à Bredbandbolaget (les 10 megabits à 150 F/mois : c'est eux). Présentation de Gunnar Sjogren des plus instructive. On assiste semble-t-il en Suède a la lutte des anciens (Telia, etc..) contre les modernes. Bredbandbolaget n'y va pas de main morte. Si l'on suit leur raisonnement, il faut mettre à la poubelle les réseaux traditionnels de télécommunications (Man en ATM, Sonet/Sdh, etc...), ainsi que les réseaux câblés de TV, et tout reconstruire en optical Ethernet. Cela coûte moins cher que d'adapter les vieux réseaux, et de plus cela répond à la demande de bande passante de plus en plus forte, voire même permettrait d'offrir de la demande passante à la demande jusqu'à 1 Giga au foyer. La stratégie du gouvernement suédois a donc suscité l'apparition de nouveaux opérateurs qui louent de l'infrastructure publique (à Stokab, à Kraftnat, etc...) pour proposer tout (voir plus loin) dans un seul fil à leur client selon une tarification au flat fee. "One socket for all appliances" voilà la devise de B2B (BredBand). C'est la convergence. Bredband est le seul à faire cela dans le monde avec une société à Milan. Les services sont : accès Internet (à 150 FF/mois pour 10 megas), la téléphonie IP dans quelques mois (en flat fee aussi pour toute la Suède), le 1-way video (la télévision traditionnelle en mode streamée MPEG 3 et avec pas mal de plus - par exemple on choisit la caméra que l'on veut dans une transmission de match de foot - chat en direct pendant le match, etc...), le 2-way vidéo (visio), jeux interactifs a la demande, des home Services (sécurité, etc...), de la télémédecine, etc... Bref une panoplie de services nouveaux que seuls les hauts débits permettent d'avoir... Le système est complètement open et tout IP de bout en bout. Il faut dire que B2B (qui a eu récemment pas mal de problèmes financiers avant de lever il y a quelques jours 2.4 milliards de Kr) est très aidé par quelques particularités suédoises. En effet, 61 % des foyers suédois habitent dans des appartements en immeubles (les MDU). Et ces immeubles appartiennent à 5 sociétés de landlords. Donc B2B passent des accords de 3ans renouvelables avec les landlords pour équiper leurs immeubles. Il leur en coûte 1 500 Kr/appartement d'installation du réseau local Ethernet dans l'immeuble, et le landlord devient propriétaire du réseau, ce qui augmente la valeur de son actif immobilier. B2B loge un routeur dans la cave de l'immeuble et tire les fils. Cisco est un partenaire de B2B. Le foyer qui souscrit au service paye 200 Kr (environ 150 FF) pour 10 Megas dans les 2 sens. Aujourd'hui il y aurait 60.000 abonnés A noter que ce type d'organisation va accélérer les affaires de sociétés comme Akamai, Digital Island, qui localement vont venir installer leur serveur de contenus pour éviter les engorgements de l'Internet public. Il y a aura probablement bientôt des serveurs de films à la demande un peu partout en Suède (B2B va démarrer ses opérations dans 34 villes en Suède). Tout cela pose naturellement un tas de problèmes sur l'évolution des médias TV traditionnels, etc...

A noter que manifestement pas mal de gens "haïssent" B2B qui casse les prix, pose des problèmes aux opérateurs historiques, etc... B2B a des plans pour s'installer partout dans le monde (y compris chez nous). Quand ? "après avoir atteint notre point mort fin 2 003). Notre élu du Nord Pas de Calais a pris bonne note. Dernier point Gunnar a évoqué l'arrivée prochaine d'un décodeur Ethernet/IP pour le foyer... (en fait cela existe dèjà aux US avec la société World Wide Packets:// www.wwp.com)

* 13:00 - 18 :00 Lunch chez Ericsson et après-midi de travail chez l'un des leadersmondiaux des réseaux de télécommunications. Magnifiquement reçu chez Ericsson. Après-midi de travail bien remplie. Nous ferons grâce de la quantité de chiffres que nos amis d'Ericsson nous ont commentés par le menu (vous les trouverez sur leur site). Que peut on retirer de notre visite ? Plusieurs choses. D'abord l'Engine Integral Network qui permet à un opérateur historique de faire évoluer ses Metropolitan area network (Man) de l'ATM/Sonet/Sdh, vers de l'IP. BT vient de terminer cette migration en Angleterre (pour 3 milliards de F). Il est passé de 128 Man (noeud) à 64. Donc en principe réduction de coût), et cela augmente la capacité de l'ordre de 20 à 30% (il serait utile de comparer la solution B2B à celle que permet Engine). FT testerait actuellement la chose pour faire migrer son réseau du circuit au paquet. Le Mobile Internet : cela va être l'explosion. Le téléphone mobile passe de l'oreille à l'oeil ("ear to eye"). En 2004 nous explique Jan Lindgren (General Manager de la division mobile) il y aura 1.4 milliard d'utilisateurs de mobile dans le monde. 600 millions seront Internet mobile. Et en 2003 il y aura davantage de mobile Internet, que de fixed internet. Et aujourd'hui il se vend 1.1 million de téléphone mobile/jour, il y a 600.000 nouveaux abonnés par jour, dont 120.000 en Internet mobile. Le "seamless service" (le service sans couture) : c'est pour bientôt... Comme chacun d'entre nous a pu le remarquer, nous utilisons différentes technologies pour faire des choses différentes selon l'endroit où l'on se trouve. En fait, ces technologies créent des ruptures, mais sont complémentaires, et il faut assurer à l'avenir le passage de l'une à l'autre "sans couture" pour toutes les applications dont nous avons besoin. Nous avons visité par ailleurs le showroom d'Ericsson avec le célèbre Internet fridge d'Electrolux dans la cuisine et surtout la chambre où plusieurs applications étaient démontrées (dont des applications en télémédecine intéressantes)

* 18:00 - 20:00 Nous avons terminé la journée par une très sympathique réception à l'Ambassade de France. Notre Ambassadeur en pleine forme nous a fait les honneurs de l'Ambassade en nous y recevant ainsi que tous ceux qui nous avaient reçus dans les entreprises suédoises, ou nous avons pu continuer a discuter avec nos interlocuteurs... Où il ressort que Telia n'aime pas du tout B2B, qu'Ericsson non plus semble-t-il. Qu'Ericsson discute avec Visa sur le thème de la monnaie électronique dans les téléphones portables, que Maria Hall est un telecommuter (elle travaille 2 jours chez elle à 260 km de Stockholm, qu'elle dispose chez elle de 10 megabits et d'un réseau radio 802.11 et de plusieurs ordinateurs...), etc...

* Voilà. Dernière journée aujourd'hui.. avec la visite d'Utfors,de Mint (paiement par téléphone mobile), la visite d'un appartement intelligent réalisé par e2 home (la joint venture entre Ericsson et Electrolux...), la présentation de Bo01 (une ville intelligente prés de Malmoe), etc... Dans la mesure du possible le compte rendu sera publié dans la lettre de Vendredi (sinon celle de Lundi prochain) (Jean-Michel Billaut (jmbillaut@atelier.fr)

* le 21/11/2001 aux aurores) Les Français parlent aux Français (4eme et dernier épisode) Voilà, nous sommes tous rentrés sain et sauf après cette petite virée au pays des Vikings. Notre dernière journée fut elle aussi des plus intéressantes. Qu'on en juge....

9:00 - 10:30 Utfors : des fibres partout... Markus Boberg nous présente sa société qui est un opérateur privé de télécommunications. Il commence par nous montrer un "Terabeam" en action. Ce matériel permet de faire des liaisons optiques sans fil jusqu'à 2 km. Il ressemble à un espèce d'humanoïde que l'on met devant une fenêtre : on dirige son faisceau laser vers un autre matériel du même type situé dans un autre immeuble. Il faut naturellement que les deux soient à vue... Cela fonctionne très bien, même par temps de brouillard, et le débit peut aller jusqu'à 1 Giga. A priori pas de danger pour l'être humain (et les oiseaux...). Cette technologie de l'optique sans fil que Utfors utilise est celle de la société US Terabeam. Deux matériels de ce type sont installés actuellement en Suède par Utfors... Il y a environ 70 opérateurs en Suède. Avec d'autres, Utfors a financé l'installation d'un réseau fibre entre Copenhague, Oslo, Stockholm, Malmoe, Goteborg et Helsinki. Utfors dispose de 2 fourreaux sur 12. Chaque fourreau contient 96 fibres allumées en DWDM. Chaque fibre véhicule 40 longueurs d'ondes et chaque longueur a un débit de 2.5 gigabits... Ce qui fait tout bien compté 40*2,5*96*2 Giga (entre Stockholm et Helsinki chaque fibre balade 80 longueurs d'ondes...).... On n'ose pas faire le calcul tellement cela nous semble astronomique... La Suède est vraiment le paradis de la fibre et de la bande passante... Il arrivera un jour où l'on classera les pays non plus par le nombre de camions, de tonnes de blé produites, mais par la bande passante disponible... Que fait Utfors avec cela ? Et bien il loue de la bande passante IP. Environ 200.000 clients aujourd'hui. Des entreprises entre leurs différentes implantations. En moyenne le 2 mega se louent 900 Kr/mois (environ 700 FF/mois). "Monsieur Markus que pensez vous de Bredbandbolaget ?" (voir notre précédent compte rendu...) Réponse de Markus "Je ne les aiment pas beaucoup . Ils cassent le marché du résidentiel large bande. 200 Kr pour 10 megas au foyer : c'est du dumping. Un prix correct serait sans doute le double... Donc, nous ne ferons rien sur ce marché naissant pour l'instant." Manifestement B2Bn'est pas en odeur de sainteté au royaume des vikings.. mais il se constitue une clientèle... "Monsieur Markus, pour vous, quel est l'avenir des protocoles traditionnels des opérateurs historiquescomme SDH et ATM ?" Réponse de Markus :"Les opérateurs vont devoir les mettre à la poubelle, car ces protocoles ne sont pas adaptés pour gérer l'explosion du trafic IP et surtout pour délivrer de la bande passante à la demande. De plus ils coûtent beaucoup trop cher. L'avenir appartient à l'optical Ethernet." "Monsieur Markus que devrait faire notre région (le Nord Pas de Calais) ?" Réponse de Monsieur Markus : " Si vous n'avez pas de haut débit en optical Ethernet votre région va péricliter, et les entreprises actuellement installées vont partir ailleurs ( en Suède ?) ". Dont acte.

* 11:00 - 12:30 Mint : votre téléphone est un portefeuille/porte-monnaie Excellente réunion avec Patrik Mossberg son président fondateur, et difficile de résumer tant les questions furent nombreuses... Solution très astucieuse de paiement par téléphone mobile... Patrik commence par nous emmener faire quelques courses au magasin d'à coté, courses qu'il paye avec son téléphone mobile. Une simplicité biblique. Pas d'autres bidules à balader pour payer (monnaie, billets, chéquiers, cartes...). Rien que son téléphone portable en donnant simplement un coup de fil et en tapant le montant de l'achat sur le terminal de paiement du magasin (c'est un terminal normal dans lequel Mint à loger un bout de logiciels. Terminal loué au magasin par Mint : 269 Kr/mois. Certains de ces terminaux sont équipés d'un téléphone GSM... Le commerçant est taxé une Kr par achat + 2% du montant de l'achat. Le consommateur lui ne paye rien. Il doit simplement s'ouvrir un compte sur le Web sécurisé de Mint (virement du compte bancaire au compte Mint : moyenne des dépôts 500 Kr). A noter que Mint, avec un accord avec une société de crédit à la consommation, propose un crédit automatique à ses clients de 50.000 Kr à taux 0). Mint vient de démarrer ses opérations. Sur les 200.000 commerçants que compte la Suède, 150 magasins sont actuellement installés. Et 6.700 consommateurs utilisent le système (+ 50/jour). On peut aussi envoyer de l'argent à quelqu'un avec son téléphone. Il suffit de connaître son numéro de téléphone. Le quelqu'un recevra par SMS un message le prévenant qu'il a reçu tant. Et que pour utiliser cet argent, il lui faut ouvrir un compte Mint (système de marketing viral de type Paypal). Le consommateur peut aussi payer son parking de cette façon ( et le gendarme peut contrôler extrêmement facilement avec son téléphone portable). Naturellement les opérateurs de téléphone, grands distributeurs, pétroliers, etc, lorgnent la chose avec concupiscence : piquer une partie du système de gestion des paiements aux banques : que voilà un challenge intéressant. Car Mint vend des licences de son système à qui veut (2 millions de $/US). Si vous voulez en savoir plus, Mossberg sera à la conférence IT visions du 3 décembre prochain à Paris (voir http://www.ccsf.fr/itvision/fr/index.asp)

* 14:00 - 15:00 Le "smart living" avec e2home et JM Visite d'un immeuble d'appartements en cours de finition et en début de commercialisation dans Stockholm. La société de promotion s'appelle JM et l'appartement témoin a été équipé en "domotique IP" par la joint venture d'Electrolux et d'Ericsson dénommée e2home. Concept intéressant sur le papier, mais nous sommes restés sur notre faim (problème technique lors de la démo, présentation pas très bonne ...) En gros Electrolux de part son activité traditionnelle se lance dans la domotique IP avec l'aide d'Ericsson. Dans la cuisine une petite étagère à hauteur d'homme supporte un PC portable relié au réseau local (toute la tripaille informatique, la liaison au réseau externe à 10 méga par Utfors, et au réseau interne Ethernet, le serveur familial - la ebox- se trouvent dans l'entrée dans une petite armoire en hauteur). Avec le PC, les occupants gère la sécurité de la maison, les fuites d'eaux, l'incendie, la ventilation dans la salle de bain, consulte les différents compteurs (consommation électrique, de gaz, d'eau, etc... : ces compteurs sont relevés à distance par le serveur de e2home...). Les occupants disposent d'un agenda familial et peuvent retenir leur place à la laverie et au sauna logés dans le sous-sol de l'immeuble (pièces qu'ils ouvrent avec une clef électronique).. Etc...etc... e2home vient de terminer un test de 8 mois dans 50 maisons au Danemark. Test semble t-il concluant. Par contre le test de la machine a laver IP mené dans l'ile de Gotland (on donne la machine et on paye à l'acte de lavage) n'a pas été concluant. Les gens préfèrent acheter la machine une fois pour toute et ne pas payer à chaque lavage (on dit que Darty a eu chaud...). "On verra avec la prochaine génération" a conclu le responsable marketing de e2home.

* 15:30 - 17:00 Medicenter : Stockholm a le plus important réseau IP large bande scolaire au monde. Impressionnant... Il y a 300 écoles à Stokholm et 80.000 élèves. 170 écoles sont actuellement connectées au réseau large bande scolaire (bande passante louée à Stokab). Au total 120.000 micro-ordinateurs. Et une floppée de serveurs en central qui gère le email des élèves et des profs, et les logiciels bureautiques habituels (Word, Excel, PowerPoint...) en mode ASP. Medicentre gère 10.000 titres éducatifs en cassettes vidéo, 5.000 cassettes de programmes éducatifs radio. Ce qui nécessite toute une organisation complexe pour livrer un titre demandé par tel professeur dans telle école. Ces problèmes n'existeront plus à terme avec la digitalisation de ces titres vidéo et audio en mode streamée (Real). Actuellement 400 films ont été numérisés ainsi que 1 500 programmes radio. Le débit sur le réseau est de l'ordre du Giga. Les films sont numérisés en MPEG 1 à 1.5 mégabits (qualité VHS sur un peu plus du 1/4 d'écran) Le tout coûte 12 millions de Kr/an (payé par la ville de Stockholm et par les écoles). Chose intéressante à noter, Medicenter filme les réunions du Conseil Municipal de Stockholm. Les élèves peuvent voir le déroulement du conseil en direct ou par la suite. Cela pour développer dés le plus jeune âge un intérêt pour la démocratie locale... Là aussi peu de choses en matière de e-learning alors que la Suède a une start-up réputée dans ce domaine (Lecando). Pour en savoir plus : www.edu.stockholm.se/template ... Voilà pour notre dernière journée.

Que retirer de ce voyage ?

1/ comme nous l'avons déjà dit, crise ou pas, la Suède avance à marche forcée vers la société de l'information. Un consensus général s'est établi sur la stratégie de l'Etat et des collectivités locales... tout cela est entrée dans les moeurs dans ce pays. Ce qui est loin d'être le cas chez nous.

2/ nos amis du Nord Pas de Calais m'ont avoués avoir été très "choqués" par ce qu'ils ont vu et entendu. Ils ne pensaient pas que cela en était à ce point. "Mais cela nous a fait le plus grand bien" a avoué le VP Président du Conseil Régional... "Nous avons beaucoup de fibres qui passent sur notre territoire mais peu s'y arrête"... "maintenant il va falloir faire... et dépasser nos bisbilles locales...".

Un grand merci à Françoise Rugel et à Christina Bratt de l'Association Franco-Suédoise pour la recherche pour avoir aidé Vediation à monter ce voyage d'études de première qualité (un grand merci aussi pour leur disponibilité et leur gentillesse...). D'autres voyages sont prévus (au Canada en janvier sur les même thèmes), et si certains élus veulent retourner en Suède pas de problèmes... A bientôt pour de nouvelles aventures

(Jean-Michel Billaut (jmbillaut@atelier.fr) - Paris le 22 novembre 2001 dans la journée)